Itaëll
"Fuku sui bon ni kaerazu.
Proverbe japonais.
"Itaëll ?"
Pas de réponse.
"Heu, Itaëll, j'peux t'emprunter ton crayon ?"
Toujours aucune réponse.
"Hey, quoi, j'te parle, tu pourrais répondre !
- Oh, c'est bon," s'exclama le jeune homme. "Si j'te dis
rien c'est que tu peux le prendre !
- Hé ! Je pouvais pas savoir !
- Ben maintenant tu sauras et tu le feras, c'est tout !
- Bien, puissant Seigneur !" ironisa la jeune fille.
Itaëll tourna la tête, la regarda et reprit d'un air incrédule :
"Puissant Seigneur ?"
- T'as pas à me dire ce que je dois faire !"
- Ah, c'est que ça. D'accord." Et il se remit au travail.
Aiwë piocha le stylo dans sa trousse tout en ruminant dans sa tête
"Que ça ? Comment ça "que ça ?" Y se fout de moi, je suis sûre
qu'il se fout de moi !"
Effectivement, une esquisse de sourire pouvait se voir sur le
visage d'Itaëll et ses yeux sombres brillaient. Mais bien vite, son air sérieux
et inaccessible reprit le dessus et son sourire disparut.
***
"Décidément, j'peux pas l'piffrer lui !
- Tu parles de qui, là ?" interrogea Lenaïg.
"De l'idiot qui me sert de voisin bien sûr !" s'exclama
Aiwë. "Rahh, il m'énerve, j'ai tout le temps l'impression qu'il se fout de
ma gueule !"
Lenaïg éclata de rire. "Hey, faudra t'y faire, ma p'tite,
t'en a encore pour plusieurs mois à rester en sa charmante compagnie.
- Oui, je sais." Elle se tut un instant puis ajouta :
"Ouiiin, j'veux paaaas ! "
Lenaïg éclata de rire. "T'en fais pas Aiwë, ça passera vite.
Tu t'en rendras même pas compte mais dans deux secondes, on sera au bac et
t'auras plus à le supporter, Itaëll aura disparu de ta vie, au moins pour deux
mois.
- Un… Deux…" compta Aiwë sous le regard perplexe de son amie
puis elle chercha autour d'elle. "Wouin, il est toujours là !"
- Pff, c'que t'es bête ! " sourit Lenaïg. Puis elle reprit,
un peu plus sérieuse : "N'en parle pas comme ça devant Naïa, je crois
qu'elle l'aime bien.
- Quoâ ? Elle l'aime ???? " s'exclama Aiwë, incrédule.
"Mais comment elle fait ????"
- Euh… gueule pas si fort, s'te plaît." Plusieurs élèves
s'étaient en effet retournés vers elles en entendant Aiwë.
" Woups, s'cuse-moi."
- C'est pas grave. Euh donc, je reprends. Non, elle ne l'Aime pas
mais j'ai une impression bizarre entre eux. Comme s'ils étaient reliés par
quelque chose d'invisible…" Elle s'interrompit, réfléchissant à la manière
d'expliquer ce quelque chose et remarqua l'air bizarre qu'affichait Aiwë.
"Eh, me regarde pas comme ça ! C'est pas marrant, sérieux !" Mais son
sourire la démentait.
"Ouais, si tu veux," sourit à son tour Aiwë. Elle est où
au fait, Naïa ?
- J'sais pas. Elle devait voir quelqu'un.
- Qui ?
- Aucune idée…
La cloche sonna, interrompant leur discussion. Elles se dirigèrent
vers le bâtiment de Sciences où elles devaient avoir cours. Naïa s'y trouvait
déjà et leur sourit.
"Haodio ! J'vous ai manqué ?
- Crois-y !" sourit Lenaïg. "Tu n'est pas indispensable,
ma vieille !"
Les trois amies sourirent puis Aiwë demanda : "T'étais où
?"
"Grosse curieuse !!" pensa-t-elle. "Ca n'te regarde
sûrement même pas !!" Mais c'était plus fort qu'elle : dès que quelque
chose l'intriguait, elle devait savoir.
"Hu ? Euh… J'étais partie voir le prof de dessin pour savoir
quand je devais lui rendre mon travail…
- Ah…
ok." Et voilà, rien de palpitant. Pourtant… pourquoi Aiwë n'y croyait-elle
pas ? Etait-ce l'air gêné de Naïa et son hésitation ou une intuition bizarre ?
Bah ! Si elle mentait, c'est que ça ne la regardait pas. Naïa était son amie et
elle ne viendrait pas fourrer son nez dans ses affaires. Mais… n'empêche
qu'elle aurait bien aimé savoir !
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